Du mal à recruter en contexte de pénurie ?

Du mal à recruter en contexte de pénurie ?
Nathalie Lord

Nathalie Lord est une spécialiste des ressources humaines et aide ses clients à naviguer les dédales de la vie professionnelle. Elle est consultante depuis plus d'une dizaine d'années et permet aux travailleurs comme aux employeurs de mieux communiquer et organiser leurs efforts.

Dans le cadre d’une étude conduite en 2015, par le Conseil québécois des ressources humaines en tourisme pour comprendre les préoccupations et les pratiques du secteur en matière de ressources humaines, 56 % des employeurs sondés ont affirmé connaître de la difficulté à recruter.

En 2018, selon les données les plus récentes produites par Statistiques Canada, le taux de chômage global, pour l’ensemble de l’économie canadienne s’établissait à 5,8 %.  Pour le secteur du tourisme, il a été de près d’un pourcent de moins, à 4,9 %.  Dans certains sous-secteurs, comme le voyage ou le transport, la pénurie de travailleurs était encore plus marquée, avec des taux de chômage de 2,9% et 2,7% pour l’ensemble des provinces canadiennes. 

Dans un tel contexte, il serait étonnant d’apprendre que ces employeurs aient écarté toutes leurs préoccupations relatives à l’embauche. J’ai donc été curieuse d’aller voir comment les employeurs du secteur du voyage affichaient leurs postes en ligne, afin de constater si certains se montraient particulièrement futés dans leurs tentatives pour attirer et séduire les candidats.

Bien identifier l'attractivité de son entreprise

Beaucoup d’employeurs font un excellent travail pour informer les candidats à l’égard de l’identité, de l’histoire, de la culture et des avantages offerts par leur organisation, même si je n’ai trouvé aucun qui se distinguait par une approche d’une habilité singulière. 

À l’inverse cependant, j ’ai été sidérée de noter que quelques employeurs malhabiles choisissaient de mettre en ligne des affichages de postes où il est indiqué « Employeur confidentiel » suivi de très brefs textes précisant strictement les exigences minimales des postes. 

Dans une ère ou l’ensemble des médias généralistes et publications spécialisées multiplient les articles qui soulignent l’existence d’une pénurie de travailleurs et prodiguent des conseils aux employeurs pour faciliter « l’attraction et l’acquisition de talents », un affichage ainsi rédigé est très mal adapté au marché de l’emploi actuel.  Face à une abondance d’affichages de postes bien conçus, présentés par des employeurs clairement identifiés, il serait plutôt étonnant qu’un candidat s’empresse de postuler pour une fonction à peu près inconnue, chez un employeur anonyme.

Susciter l'intérêt

D’autres employeurs révèlent leur identité, sans pourtant en dire beaucoup plus sur leur organisation.  Ils ne paraissent pas être conscient qu’il est nécessaire pour un employeur de savoir se démarquer dans ce marché où les talents sont en grande demande.  Ils présentent une longue liste de leurs exigences, mais ils ne mentionnent pas quoi que ce soit susceptible de faire en sorte que leur organisation et le poste qu’ils ont à offrir sortent du lot parmi une profusion d’affichages. 

Je me suis amusée à réviser un affichage de poste de 5 lignes strictement composé des caractéristiques recherchées chez le candidat.  Puisque l’employeur y était identifié, une brève recherche m’a permis d’apprendre que l’entreprise était en affaires et avait pignon sur rue depuis plus de 15 ans et qu’elle offrait aussi des services en ligne. J’ai aussi découvert que leur bureau était situé dans un joli quartier de Montréal, à une courte marche d’une station de métro et qu’une demie douzaine de garderies et un CPE étaient situés à moins de 10 minutes de marche de l’établissement.  En quelques minutes, j’ai facilement déniché plusieurs informations qui auraient permis de rendre l’affichage de poste un tout petit peu plus alléchant, sans pour autant connaître l’employeur en question.

Ces détails pourraient paraitre banals à ceux qui ne réalisent pas l’impact qu’a la localisation géographique d’une entreprise et sa facilité d’accès sur les décisions des candidats, plus particulièrement chez les jeunes parents.   Un sondage réalisé par CROP pour le compte de l’Ordre professionnel des conseillers en ressources humaines (CRHA) a pourtant révélé que plus du tier (35%) des répondants accepteraient de réduire leur rémunération de 1000 à 10 000 $ pour réduire leur temps de déplacement!

Se distinguer

Bien sûr, un candidat motivé aurait pu dénicher cette information avec autant de facilité que je l’ai fait.  Sauf que, l’affichage ne présentait vraiment rien de particulier pour susciter l’intérêt d’un candidat à approfondir sa connaissance de cet employeur.

Pour se distinguer dans ce marché où les talents sont difficiles à dénicher, un employeur doit s’assurer de présenter son organisation sous son meilleur jour dans les offres d’emploi qu’elle publie.  Il est essentiel d’informer, mais il peut aussi être utile de privilégier une approche créative, inusitée.  À preuve, la fonction publique canadienne affirme obtenir des résultats satisfaisants avec cet affichage pour le recrutement de « sorciers maitrisant Excel » pour le secrétariat du Conseil du Trésor du Canada…

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