Travailleurs plus âgés : plus urgent qu'on pense, dit Jean Charest

Travailleurs plus âgés : plus urgent qu'on pense, dit Jean Charest

Québec doit s’attaquer d’urgence à l’enjeu du vieillissement de la population. Et appuyer davantage les travailleurs plus âgés, plaide l’ex-premier ministre Jean Charest. Voici son plan.

REPENSER LA SOCIÉTÉ

Il faut repenser la société en fonction du vieillissement de la population, dit Jean Charest. Les statistiques le prouvent. La moitié des enfants nés aujourd’hui, dans un pays occidental, vivront 100 ans. Cette situation changera les cycles de vie, de travail et de loisirs. Sans compter que le nombre de personnes âgées est en constante progression.

« Nous avons une population vieillissante, constate-t-il. Il y a plus de gens qui partent à la retraite que de gens qui arrivent sur le marché du travail. Et la période de retraite s’allonge. » 

Il faut donc revoir les façons de faire en fonction de ce phénomène. En 2020, le Québec comptera 1,7 million de personnes de 65 ans et plus, soit trois fois plus qu’en 1980 (550 000).

RENVERSER LA TENDANCE

Les dangers d’une grave pénurie de main-d’œuvre guettent les entreprises. Et l’immigration, à elle seule, ne pourra pas renverser la tendance. « Il faut absolument que nous puissions trouver une façon de mettre les travailleurs âgés à contribution, dans les conditions qu’ils veulent », dit-il. Le défi des gouvernements est d’adapter leurs structures aux choix que feront les citoyens, sans les pénaliser. Le choc démographique est un des grands vecteurs de changement et on doit en tenir compte dès maintenant dans les politiques publiques, pense M. Charest.

AGIR VITE

Associé au cabinet d’avocats McCarthy Tétrault, il aborde souvent l’impact du vieillissement des populations lors de ses conférences internationales. Ce sujet, aux enjeux multiples, l’a toujours intéressé. Quand il était premier ministre du Québec, il a d’ailleurs instauré des mesures pour les travailleurs de 55 ans et plus. Et il pense que le sujet doit revenir à l’ordre du jour.

« C’est plus urgent qu’on pense », dit-il. Il est temps, à son avis, d’en faire une politique globale. « Le dernier gouvernement s’est concentré sur l’équilibre budgétaire, dit-il. Le nouveau devrait réactiver ce dossier étant donné son importance économique et sociale. »

10 MESURES POUR ALLER DE L’AVANT

À quoi ressembleraient les mesures pour garder des personnes plus âgées sur le marché du travail ? Jean Charest nous présente ses 10 propositions pour réussir cet important chantier.

1 - FAVORISER UNE RETRAITE PROGRESSIVE : On doit encourager la retraite progressive. Le temps d’une retraite automatique et programmée à un âge précis est dépassé. Ce n’est plus compatible avec nos vies, ni avec les besoins du marché du travail, ni avec ce que souhaitent les gens. On vit de plus en plus longtemps. On est en meilleure forme. La société doit en tenir compte. Et elle doit évoluer en ce sens.

2 - PERMETTRE LA FLEXIBILITÉ DE L’EMPLOI : Le travail à temps partiel est un élément clé. Lorsqu’ils arrivent à un certain âge, plusieurs travailleurs veulent un horaire adapté et flexible. Plutôt que de travailler cinq jours par semaine, on souhaite faire quatre jours. Ou même trois. Pourquoi pas ? Mais dans le système actuel, il n’y a souvent qu’une option : travailler cinq jours ou prendre sa retraite…

3- ADAPTER LE MILIEU DE TRAVAIL : Les travailleurs plus âgés seront davantage attirés par un marché du travail qui reconnaît qu’ils ont physiquement plus de besoins, et de limitations, que les plus jeunes. Il faut donc faire un effort pour s’assurer qu’on adapte le milieu de travail sur le plan ergonomique. Cette mesure s’applique pour tous les secteurs, mais peut-être plus dans les milieux industriels.

4 - ENCOURAGER LE MENTORAT : Le concept de mentorat doit se faire « aller-retour ». Les travailleurs de 55 ans et plus sont en mesure de léguer leur savoir-faire et leur expérience aux plus jeunes. Mais, par ailleurs, ils doivent aussi être assistés et guidés dans les technologies, les innovations et les façons de faire des nouveaux emplois. De cette façon, ils seront en mesure de réussir la transition.

5 - OFFRIR DE LA FORMATION CONTINUE : La formation continue est nécessaire pour tout le monde, pendant toute notre vie. Mais il faut faire un effort concerté pour les travailleurs plus âgés. En plus du mentorat, on doit les aider à progresser et à répondre aux besoins du marché. Il peut s’agir d’apprentissage en milieu de travail. Ou des formations réalisées par des professeurs ou des consultants externes.

6 - RÉDUIRE LES PÉNALITÉS : Les personnes de 65 ans et plus, donc admissibles à la pension, ne doivent pas être pénalisées parce qu’elles occupent un emploi à temps partiel. Le crédit d’impôt actuel pour les travailleurs d’expérience abaisse l’âge d’admissibilité à 64 ans et hausse le revenu admissible à 6000 $. On peut faire mieux. Par ailleurs, il faut bonifier le soutien salarial à l’embauche des travailleurs de 55 ans et plus.

7 - RENFORCER LES MESURES INCITATIVES : Il faut renforcer les mesures incitatives pour ceux qui décident de reporter l’âge auquel ils accèdent au Régime des rentes du Québec (RRQ). Dans ce cas, plus ils retardent, plus la hausse de revenu, à la retraite, sera importante. L’impact doit être réel et substantiel. 

8 - AJUSTER LES RÉGIMES DE RETRAITE : Il ne faut pas craindre de reporter l’âge de la retraite. Le gouvernement Trudeau a pris une mauvaise décision en revenant sur la décision du gouvernement Harper de faire une transition de 65 ans à 67 ans. Tous les indicateurs nous amènent à ce type de changement. Ce n’est peut-être pas populaire, mais, dans les faits, l’adaptation se ferait de façon très graduelle. 

9 - CONCEVOIR DES SYSTÈMES DE RETRAITE FLEXIBLES : Il faut encourager les travailleurs à contribuer à leur régime de retraite. De plus, pour faciliter le transfert du régime d’un employeur à l’autre quand on change d’emploi, il faut un système flexible. La mise en place du Régime volontaire d’épargne-retraite (RVER) est une réponse à cet enjeu. Mais il est possible d’ajouter d’autres mesures. 

10 - CONTRIBUER AUX RETRAITES : Cette mesure a un effet plus indirect par rapport aux travailleurs âgés. Mais elle permettrait aux gens de mieux planifier leur retraite. Actuellement, les femmes et les hommes qui s’absentent du marché du travail après la naissance d’un enfant arrêtent de contribuer à leur régime de retraite. Pour les aider, l’État prendrait la relève en contribuant aux régimes.

Source : La Presse

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